Une approche soufie du dialogue interreligieux
Par Musa Belfort
Aborder le thème du dialogue interreligieux, notamment islamo-chrétien revêt dans notre pays un caractère singulier. Entre Christianisme et Islam, quatorze siècles de cohabitation où la paix, le rejet ou bien la fascination ont façonné la mémoire collective de l’Occident. Car, certes, il y a toujours eu dialogue entre ces deux religions.
Que veut dire d’abord le mot dialogue ? Selon le dictionnaire Larousse, dialogue signifie « conversation, échanges de points de vues entre deux ou plusieurs personnes » ou bien « discussion visant à trouver un terrain d’entente. »
Présentement, le sujet nous concernant est à la fois une réalité ancienne et contemporaine. Dans le passé, des échanges fructueux ont été réalisés entre les « trois monothéismes » (Judaïsme, Christianisme et Islam) notamment au Moyen-âge, au cours de la période dite andalouse. Il y eut plus d’échanges intellectuels, philosophiques et religieux dans cette période précise que dans n’importe quelle époque en Europe. Du point de vue religieux, des lieux et des personnages ont profondément marqué le paysage spirituel de notre continent.
En Islam, les sources scripturaires (Coran et Tradition Prophétique) indiquent de façon claire la nature du rapport qui doit exister entre les Musulmans et les Gens du Livre (Juifs et Chrétiens) :
Dis (aux Chrétiens et aux Juifs) : « Ô vous qui avez reçu l’Ecriture ( la Torah et l’Evangile), adoptons une formule valable pour nous et pour vous impliquant que nous n’adorerons que Dieu, que nous ne Lui associeront rien d’autre, que nous ne prendront point les uns parmi les autres des maîtres en dehors de Dieu. S’ils refusent, dites-leur : Soyez témoins qu’à la volonté de Dieu nous sommes soumis. »
(Le Coran, Sourate 3, verset 64)
« Parmi ceux qui ont reçu l’Ecriture, il en est, en vérité, qui croient en Dieu, à ce qui vous a été révélé : humbles, ils ne troquent pas à vil prix les versets de Dieu. Ceux-là auront leur rétribution auprès de leur Seigneur, car les comptes de Dieu sont rapides."
(Le Coran, sourate 3, verset 199)
« Il y a parmi le peuple de Moïse, un groupe d’hommes qui se dirigent et jugent selon la vérité. »
(Le Coran, Sourate 7, verset 159)
« Avec les Juifs et les Chrétiens, ne discutez que de la manière la plus affable sauf quand il s’agit de ceux qui commettent des injustices parmi eux. Dites-leur : « Nous croyons en ce qui nous a été révélé et en ce qui vous a été révélé. Notre Dieu et le vôtre sont le même Dieu et nous Lui sommes soumis. »
(Le Coran, Sourate 29, verset 46)
Muhammad, le Prophète de l’Islam (que Dieu le bénisse et le salue) était particulièrement sensible quant aux relations avec les autres communautés de foi. La Tradition Prophétique (Sunna) lui attribue ces propos :
« Je serais moi-même l’adversaire au Jour du Jugement Dernier de celui qui ne rend pas justice aux Juifs et aux Chrétiens. Ceux qui commettent l’injustice contre les Juifs et les Chrétiens n’entreront pas au paradis. »
Mais ce qui peut paraître le plus étonnant, c’est que le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) accorda à des Chrétiens la libre pratique de leur culte au sein même de la mosquée de Médine. Voici ce que relate Ibn Hicham :
« … C’est ainsi que, lorsque les Chrétiens de Najran vinrent en délégation à Médine, et qu’ils voulurent célébrer leur office pendant une des audiences du Prophète, ce dernier le leur permit, à l’intérieur même de la mosquée, où les délégués se trouvaient à ce moment. Ils se tournèrent vers l’Est, disent les chroniqueurs musulmans, sortirent probablement leurs croix, et célébrèrent leur office chrétien dans la mosquée. »
(Sources : Ibn Hicham p.402 ; cité dans « le Prophète de l’Islam » de Muhammad Hamidullah ; Tome II p.925 ; éditions El-Najah Paris1998)
En considérant ainsi les sources historiques, il ne peut plus y avoir d’obstacle au dialogue, au respect mutuel et à l’amitié. Bien au contraire, une interprétation moderne de ces propos met en évidence le fait que le dialogue interreligieux est une nécessité. Ce qui était un principe de base quatorze siècles plus tôt doit aujourd’hui encore demeurer une réalité et une perspective gardant toute son importance.
Bien entendu, s’il ne doit pas exister d’obstacle au dialogue proprement dit, il demeure cependant des difficultés d’ordre dogmatique et théologique. La Trinité, la divinité de Jésus ou la notion de péché originel sont des affirmations contraires à la religion musulmane mais, objectivement, est-ce que ces divergences doivent nous empêcher de nous respecter ? Malgré cela, nous avons beaucoup de points communs notamment ce qui concernent les notions de morale, d’éthique et d’amour de l’autre.
Les catholiques, par l’initiative du concile Vatican II (1962-1965), ont pris des initiatives fortes. En effet, dans le décret « Nostra Aetate » l’ouverture de l’Eglise Catholique en direction des religions non chrétiennes y est largement stipulée.
Le défunt pape Jean-Paul II a marqué son apostolat par des actes hautement symboliques et significatifs :
- Les rencontres interreligieuses d’Assise (Italie) du 27 octobre 1986 et du 10 janvier 1993
- Le dialogue avec les jeunes musulmans à Rabat (Maroc) le 9 août 1985
- La venue à la synagogue de Rome le 13 avril 1986.
On peut ajouter à cette liste le voyage récent du pape actuel Benoît XVI en Turquie et sa visite à la mosquée bleue d’Istanbul.
On ne peut nier le désir de dialogue qui anime nos amis chrétiens et les musulmans se doivent de répondre de manière positive et sans frilosité à cette invitation au partage.
Mais c’est principalement sur le terrain de la spiritualité et du mysticisme que le dialogue prendrait un sens tout à fait intéressant. Le soufisme est extrêmement tolérant et participatif à ce genre de perspective car, déjà auparavant, de grands soufis comme Ibn ‘Arabi et Mevlana Jalaluddin Rumî ont été en excellents termes avec les différentes religions de leur temps. La réflexion soufie serait de partir de la subjectivité c’est-à-dire du vécu des uns et des autres pour produire l’empathie spirituelle susceptible de nous éveiller à la spiritualité de l’autre.
La diversité étant une volonté divine, l’enrichissement spirituel de nos différences n’en serait que plus bénéfique. Le Coran dit que :
« … Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté. Cependant, c’est pour vous mettre à l’épreuve, eu égard à ce qu’Il vous a donné. Rivalisez de vitesse vers les bonnes actions. Vous retournerez tous à Dieu. Il vous informera sur ce qui vous divise. »
(Le Coran, Sourate 5, verset 48)
La Bible rapporte également le fameux épisode de la Tour de Babel où les hommes voulurent bâtir un édifice pour atteindre le ciel mais Dieu les dispersa et confondit leurs langages (Genèse, chapitre 11). Un récit immortalisé par ces vers de Victor Hugo :
« Bâtissons une ville avec sa citadelle
Bâtissons une ville et nous la fermerons. »
Nous sommes frères en humanité et au nom de cette fraternité, nous devons dialoguer et bien plus que cela, agir ensemble pour l’harmonie de notre monde. C’est maintenant au 21ème siècle que l’entente doit régner et en particulier les religions monothéistes sont appelées à œuvrer dans ce sens en montrant l’exemple par leur unité. Car si nous nous réclamons d’Abraham (que la paix soit sur lui) « père du monothéisme », cette fraternité d’Abraham a sans aucun doute bien des choses à apporter dans ce monde privé de lumière et de certitude.
C’est ce que pensait certainement le grand soufi Hallaj lorsqu’il disait :


Merci pour cet éclairage
Je reçois quelqqu'un en ce moment – le père de mes filles – qui est fervent du soufisme mais qui me semblait exagérer son appréciation d'une certaine "illumination". Aussi votre article lui fournira de bien meilleures bases…
Merci pour la photo en clin d'oeil du monastere de Deir Mar Musa ou le dialogue entre chretiens et musulmans se vit comme une priere. On peut a mon avis se rencontrer en verite -sans renier nos verites, soit par la bas a travers nos simplicite humble d'etres humains, soit par le haut la ou en habits de laines mystiques nous elargissent nos regards et nos amour en les offrants a Dieu.
Version corrige: (desole) Merci pour la photo en clin d'oeil du monastere de Deir Mar Musa ou le dialogue entre chretiens et musulmans se vit comme une priere. On peut a mon avis se rencontrer en verite -sans renier nos verites, soit par le bas, a travers nos simplicites humbles d'etres humains, soit par le haut la ou, en habits de laines mystiques, nous elargissons nos regards et notre amour dans un acte d' offrande a Dieu.
Le salut soit sur vous
Celui qui porte sa religion comme un collier de perles. Ce qui fait lien sont les perles ou le fils?
Le mot ne se suffit pas par lui-même. Père ou Rabbi, Fils ou Insan, trinité ou Mission: qui se dispute pour la forme de la perle? D'où vient se brouhaha?
Salaam wa Noor