Notre responsabilité envers le Coran
Osman Nuri Topbaş Efendi
L’homme, créé de la façon la plus parfaite parmi d’autres créatures, a été doté des facultés de raison, de miséricorde, d’intelligence et possède en outre d’autres pouvoirs exceptionnels. La conséquence de ces dons, cependant, rend l’homme responsable envers son Seigneur. L’homme, en raison de sa place unique et éminente dans l’univers, détient l’énorme responsabilité de servir Dieu comme Son esclave.
L’un des plus grands dons de Dieu est Son livre saint, en l’occurrence le Coran. Au-delà de Sa miséricorde et de Son amour pour l’humanité, Il nous a envoyé, par l’intermédiaire du Coran, Son message divin afin de nous guider vers le droit chemin. Toutefois, cette miséricorde présente pour nous deux aspects. D’une part, elle est une miséricorde, ainsi définie et, d’autre part, elle est une responsabilité. C’est la nature même de tout don particulier qui permet d’augmenter la responsabilité.
Dieu a donné à l’homme le monde et tout ce qu’il contient comme un gage de confiance afin qu’il puisse le préserver de la façon qui lui est souhaitable. La santé, la richesse, la famille et l’environnement, tout cela apporte des droits et des responsabilités. L’homme bénéficie de tous ces dons à condition de les préserver du danger. Parmi ces éléments, la plus importante responsabilité que possède l’homme est celle qu’il doit avoir envers le Saint Coran qui fut envoyé à l’humanité à travers le message du Prophète Muhammad (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) comme guide pour toute l’humanité. Afin de souligner davantage ce fait, le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) informa sa communauté (Ummah) au cours du Pèlerinage d’adieu (le dernier pèlerinage qu’il effectua où il fit ses adieux à son peuple) qu’elle devait respecter le Coran. Il avait également fait témoigner ses compagnons et sa communauté (Ummah) devant Dieu, comme des témoins auxquels il avait prêché et enseigné le Coran de la meilleure façon.
Les paroles humaines ont toutefois une limite, aussi belles soit-elles. Les paroles de Dieu, en revanche, n’ont pas de limites, aussi loin que leur beauté et leur signification sont concernées. Elles possèdent en effet pour l’homme de très profondes significations et un parfum plaisant. L’esprit humain est certes développé, mais il ne pourra jamais atteindre la profondeur des réalités coraniques puisque le Coran est l’incarnation des divines réalités de la Parole divine. Tout comme il est impossible de percevoir l’essence de Dieu, il est également impossible pour l’homme d’atteindre la limite des réalités coraniques.
Les différentes traductions ainsi que les commentaires, effectués à partir du Coran, sont comme l’eau de l’océan que l’on voudrait extraire avec un simple seau. Notre navire prend seulement ce qu’il peut contenir, il ne peut se permettre de prendre à l’intérieur l’ensemble de l’océan lui-même. Jalâl-ud-Dîn Rumî a dit :
« Il est possible d’écrire le Coran avec quelques bouteilles d’encre, mais écrire ses secrets, aucun océan ne peut suffire même s’il possède ni rivages ni limites dans l’immensité. »
Dieu stipule également dans le Coran que les réalités coraniques sont éternelles :
« Quand bien même tous les arbres de la terre se changeraient en calames [plumes pour écrire], quand bien même l'océan serait un océan d'encre où conflueraient sept autres océans, les paroles d'Allah ne s'épuiseraient pas. Car Allah est Puissant et Sage. » (Coran, Luqman, 31 : 27)
L’harmonie entre le corps et l’âme de l’homme dépend de l’obéissance aux principes du Coran. Le Coran fournit les principes qui permettent de régir harmonieusement le monde. Et l’univers, de ses plus petites particules à ses plus grandes étoiles, doit et obéit déjà à cette harmonie, dans la mesure où il ne peut pas la refuser. Seul l’homme a reçu une volonté partielle (iradah al-Juziyyah) avec laquelle il peut désobéir ou bien détruire l’harmonie de son environnement s’il ne l’utilise pas selon les principes du message divin. L’homme a reçu également le libre arbitre pour qu’il puisse former sa volonté et la rendre obéissante à l’Unique. Ceux qui n’accomplissent pas ce devoir seront perdants dans l’au-delà.
Le Saint Coran nous présente une collection de conseils, de commandements et d’interdictions permettant à l’homme d’atteindre le bonheur dans ce monde et le plaisir de Dieu dans l’autre. Le Coran guide aussi l’homme à voir l’ordre miraculeux de l’univers, la beauté de la nature, la sagesse derrière les actions de Dieu. Par ces moyens, un chemin de contemplation s’ouvre pour lui et il est en mesure de réaliser qu’il existe un Créateur qui doit être aimé par-dessus tout. En ce sens, le Coran ouvre les portes du monde spirituel ; il guérit les cœurs blessés et réjouit ceux qui sont fatigués. Une vie sans le Coran est un éternel suicide. Le Coran donne confiance aux âmes des croyants quand le moment effrayant de la mort survient. Il fait même de la mort (du croyant) une heureuse rencontre entre l’amant et l’objet de son amour pendant leur nuit de noces. Le côté obscur de la mort, qui ne peut pas être éclairé par l’intelligence humaine, disparait devant la lumière du Coran. La plupart des gens qui inhument leurs proches à proximité de leur domicile ne sont pas au courant des aventures vécues par les âmes sous terre. Ils sont insouciants du langage qu’utilisent les cimetières pour informer les vivants de ce qui se passe sous terre.
Quand Dieu les avertit par des tremblements de terre, des inondations ou d’autres calamités, ils ne comprennent pas l’avertissement. Ils nomment les actes de Dieu, les actes de la nature afin d’échapper aux avertissements divins. C’est une chose tellement absurde et drôle que de vivre dans le royaume de Dieu et devenir ennemi de son propriétaire en ne tenant pas compte de Son avertissement. Pour souligner ce fait, le Coran stipule :
« L'homme ne voit-il pas que Nous l'avons créé d'une goutte de sperme? Et le voilà [devenu] un adversaire déclaré! » (Coran, Ya-Sin, 36 : 77)
Selon l’islam, le cimetière sera soit un jardin de paradis, soit une fosse de l’enfer pour l’homme qui est mort et enseveli. Toutefois, ceux qui ne portent pas la beauté du Coran dans leurs cœurs sont déjà semblables aux fosses de l’enfer. Leurs cœurs sont morts et ils ressemblent à des cadavres vivants. D’autre part, les croyants qui possèdent l’amour du Coran contemplent sans cesse ses réalités sublimes, sa douce voix leur disant : « Tu es un serviteur de Dieu. Tu vis dans Son royaume grâce à la subsistance qu’Il t’accorde. Contemple la sagesse et les secrets que je renferme et va vers ton Seigneur avec un cœur pur (Kalb al-Salim). Parce qu’elle donne la beauté à tous les mots, la voix humaine est appropriée pour réciter le Coran. Le cœur des croyants peut être satisfait par toutes les voix, mais l’audition des versets coraniques apporte la plus grande satisfaction. Pour ces cœurs qui ne sont pas obscurcis par l’amour de ce monde, le Coran exhale l’odeur du paradis.
Toutefois, ceux qui tiennent seulement compte de l’écoute du Coran, sans chercher à comprendre le message contenu dans ses versets, ne peuvent pas en tirer profit. Le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), dans bon nombre de ses hadiths, nous conseille de suivre les commandements du Coran et de les prendre pour guide.
Les personnes les plus proches d’un homme sont ses enfants. De même, ce sont ces derniers qui prendront possession de son héritage. Toutefois, le véritable héritage n’est pas la richesse que l’homme laisse derrière lui, mais l’éternelle richesse qu’il laisse à ses enfants après son décès. Cette béatitude éternelle ne ressemble pas à ce bonheur temporaire qui se termine rapidement. Si nous délaissons une telle richesse spirituelle, celle-ci nous poursuivra en justice le jour du Jugement en raison de notre négligence.
Il n’est pas d’erreur plus dangereuse pour le devenir de l’âme que la négligence du Coran. Parmi les plus graves péchés dont a fait mention le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) figure l’oubli du Coran après l’avoir appris. Par conséquent, nous devons être extrêmement prudents dans la préservation des versets coraniques que nous avons déjà en mémoire ou appris. En outre, nous devons nous embellir, nous et nos enfants, par l’amour du Coran.
La vie se compose de deux parties : La première est la vie dans ce monde et la deuxième est la vie dans l’au-delà. Les sciences positives concernant notre vie sur Terre n’ont pas le pouvoir d’éclairer et d’orienter notre vie dans l’au-delà. Les sciences religieuses, toutefois, possèdent les caractéristiques qui peuvent éclairer à la fois ce monde et le prochain et nous donner le bonheur dans les deux mondes. Les sciences de ce monde ont toutes été incluses dans les pages du Coran. Ceux qui n’ont aucune part des vastes trésors de la connaissance coranique perdent leur soleil vivifiant. Leur vie devient alors cauchemar. Ceux qui se vantent de leur savoir concernant la connaissance positive ne savent pas que la base de toutes ces connaissances est l’intelligence, et l’intelligence est créée uniquement par Dieu. En outre, toutes les sciences positives ne sont rien d’autres que les explications des manifestations divines. Si l’on examine ce point de vue, ces sciences peuvent aussi servir l’homme à mieux connaître Dieu.
Il est cependant très regrettable que la plupart des gens pensent seulement à leur existence dans ce bas monde. Afin d’améliorer les conditions de vie de leurs enfants, ils les forcent à apprendre des langues étrangères et ont beaucoup de mal à le faire. Mais ces mêmes personnes ne font presque rien quand il s’agit d’enseigner le Coran à leurs enfants. Ils ne réalisent pas que le plus grand trésor pour un parent est l’enfant qui leur enverra des cadeaux de lecture du Coran après leur mort.
L’Histoire témoigne que lorsque les nations suivirent les commandements du Coran, ils prospérèrent immensément. D’autre part, ceux qui ne prirent pas garde au message coranique furent anéantis. Toutefois, les nations prospères non-musulmanes, à l’instar du monde occidental, doivent leur succès aux principes coraniques qu’ils suivent sans le savoir. En ce sens, les bénéfices coraniques profitent même aux non-musulmans s’ils les appliquent dans leur vie. Toutefois, ces avantages leur profiteront uniquement durant leur séjour ici-bas et non dans l’au-delà.
L’avenir d’une nation dépend de l’éducation de sa jeunesse. L’éducation de ses jeunes les dirige quant à la façon dont ils devraient dépenser leur énergie. Si on leur offre des faux idéaux, ils gaspilleront leur énergie dans les mauvais endroits. Si nos jeunes perdent leur éducation islamique, nous ne pouvons plus regarder l’avenir avec optimisme. Les idéaux d’une jeunesse musulmane devraient être de mener une vie conforme à la volonté de Dieu et de Le connaître comme Il se décrit Lui-même. C’est ce que Dieu veut ; de là, l’islam, conformément à la conception du programme divin, ne pourra jamais disparaître de la surface de la Terre. Cependant, la pratique de l’islam peut augmenter ou diminuer. Comme il est possible d’annihiler la lumière du soleil, il est également possible d’annihiler la lumière de la foi islamique. L’islam est sous la protection de notre Seigneur. Si la lumière de l’islam disparaissait complètement, cela signifierait la fin du monde.
Bien que Dieu protège la religion, cela ne peut se faire que par la réalisation des causes naturelles. Ces causes sont écrites dans le Coran et celle, essentielle, consiste à suivre les principes coraniques en façonnant sa propre moralité selon le Coran. Certainement Dieu a besoin de nos efforts s’Il veut préserver Sa religion et Son Livre Saint. Dieu nous informe dans le Coran qu’Il parachèvera Sa lumière envers et contre tout. Le point majeur ici est que nous devons avoir plus de parts dans cette lutte ; sinon, nous ne serons pas récompensés. Ceux qui ne remplissent pas leurs devoirs envers le Coran et qui se comportent de manière négligée seront responsables dans l’au-delà. L’histoire des trois compagnons du Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) est bien connue : bien qu’ils aient participé à toutes les batailles du Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix), ils furent néanmoins réprimandés par Dieu. La volonté divine œuvre, que nous fassions notre devoir ou non ; mais si nous faisons notre devoir, alors nous nous acquittons de notre responsabilité personnelle. Ce qui est le plus honorable est de servir dans la voie du livre de Dieu et de lutter en faveur de sa propagation. Toutefois, nous ne devrions pas attendre l’aide divine sans d’abord accomplir nos devoirs et épuiser toute l’énergie que nous possédons dans la voie de Dieu.
Nous savons tous comment les musulmans ont sacrifié leur richesse, leur temps et leur vie afin de s’assurer que le message divin puisse atteindre les gens. Ils ont ouvert des écoles coraniques en épargnant à partir de leurs besoins essentiels. Ils ont réduits leur consommation de nourriture en l’offrant aux étudiants du Coran. Si nous ne protégeons pas ce qu’ils ont établis dans des conditions très difficiles, comment allons-nous répondre à notre Seigneur le jour du Jugement ?
Dans les moments difficiles, l’unique solution pour les musulmans est le Coran. Si ces derniers servent le Coran en diffusant son message et en enseignant les jeunes générations, ce sera alors le temps pour l’Ummah de retrouver sa force. Surtout en ces jours, l’enseignement du Coran est entièrement tributaire des gens ordinaires. Il n’est pas non plus soutenu par les budgets gouvernementaux. C’est pourquoi les croyants doivent accomplir toutes sortes de sacrifices, que ce soit financier ou personnel, afin d’augmenter le niveau et la qualité des institutions qui enseignent le Coran. Partout où nous sommes, que ce soit un pays non-musulman ou un pays musulman, nous devons faire de notre mieux pour aider à établir des écoles coraniques ou pour aider à améliorer celles déjà existantes. Dieu s’adresse à nous dans le Coran en ces termes :
Dis: « Ô Allah, Maître de l'autorité absolue. Tu donnes l'autorité à qui Tu veux, et Tu arraches l'autorité à qui Tu veux; et Tu donnes la puissance à qui Tu veux, et Tu humilies qui Tu veux. Le bien est en Ta main et Tu es Omnipotent. » (Coran, Al-Imran, 3 : 26)
« À Allah appartient le royaume des cieux et de la terre. Et Allah est Omnipotent. » (Coran, Al-Imran, 3 : 189)
« Ce sont eux qui disent: ‹Ne dépensez point pour ceux qui sont auprès du Messager d'Allah, afin qu'ils se dispersent›. Et c'est à Allah qu'appartiennent les trésors des cieux et de la terre, mais les hypocrites ne comprennent pas. » (Coran, Al-Munafiqûn, 63 : 7)
Il est très regrettable aujourd’hui que dans certaines parties du monde islamique, les écoles coraniques ne disposent pas suffisamment d’assistance et de préoccupation de la part des croyants. Certaines d’entre elles sont toujours fermées en raison de l’absence d’un nombre suffisant d’étudiants. Les gens deviennent mondains et envoient leurs enfants dans les écoles qui leur apprennent seulement la manière de gagner plus d’argent. Oui, il est vrai que nous avons besoin de toutes sortes d’écoles, mais cela ne devrait pas se faire au détriment des écoles coraniques. Autrement, nous serions responsables du déclin de l’enseignement religieux et de celui du Coran. Le musulman avisé doit être capable de discerner la manière dont les nations et les sociétés se décomposent quand ils perdent leur religion et leur éducation coranique. Il n’y a rien de pire que d’être l’ennemi du Coran, mais également la négligence est inexcusable. Les tendances négatives sont en train d’accabler les musulmans et si nous voulons sortir de ces afflictions nous devons donner plus de temps pour le Coran. Nous avons besoin de rassembler tous les membres de la famille le soir et passer du temps ensemble dans la lecture et la compréhension du Coran. Nous ne devons jamais oublier que le Coran est pour nous une nécessité vivifiante comme la nourriture et la boisson. Nous devons modeler notre vie sur la base du Coran et cela doit être notre premier et plus important devoir. Si nous négligeons ce devoir et préférons les plaisirs de ce monde à l’autre, nous courrons à l’échec dans l’au-delà. A ce propos, Dieu dit dans le Coran : « Ne méditent-ils pas sur le Coran? Ou y a-t-il des cadenas sur leurs cœurs? » (Coran, Muhammad, 47 : 24)
Je dois également souligner ici que ceux qui enseignent le Coran sont dans le cadre d’une grande responsabilité. Leur rôle ne doit pas être seulement l’enseignement des lettres du Coran, mais ils doivent également travailler très durement afin de mettre l’amour du Coran dans le cœur de leurs élèves. Ils doivent refléter l’effet de la beauté de l’islam sur leurs cœurs par l’éducation et la formation selon les idéaux élevés du Coran. Si ces enseignants ne se rendent pas compte de l’importance de l’enseignement de la Parole de Dieu, comment ces simples étudiants peuvent-ils apprécier ce qu’ils apprennent ? Si les enseignants ne sont pas capables d’enseigner à leurs élèves les différences entre les lettres du Coran et celles des autres alphabets, ils ne remplissent pas leurs devoirs en réalité.
Nous devons toujours nous rappeler que nous sommes voyageurs dans ce monde et, par conséquent, nous ne devons pas nous comporter comme si nous allons y rester à tout jamais. Toutes les personnes qui nous entourent, tous les siècles se dirigent vers la réalité du monde prochain. Un jour, nous serons une partie de la Terre sur laquelle nous marchons aujourd’hui. Par conséquent, avant que la mort survienne, nous devons apprendre à mener une vie placée sous la lumière du Coran. Ceci est notre devoir le plus important envers nous-mêmes et envers nos enfants.
Heureuse la personne qui remplit ses devoirs envers ses enfants et les générations futures en les aidant à enseigner le Coran.
Ô Seigneur ! De grâce, Fais que nous soyons parmi ces gens. Protège notre communauté de la négligence envers le Coran, du manque de foi et de la poursuite des désirs vains. De grâce, accorde-nous l’honneur de mener une existence qui soit digne du Paradis en poursuivant le travail des générations qui défendent l’honneur de Ton livre.

