Méditation sur l’Univers, l’Homme et le Coran

Méditation sur l’Univers, l’Homme et le Coran

Osman Nuri Topbaş Efendi

 

« Nulle adoration n’est comparable à la méditation »  (Hadith, Bayhaki, Shuab, IV, 157)

 

Grâce et louange infinie à notre Seigneur, éternellement Bienveillant et Généreux, qui a ouvert pour nous un chemin pour Le connaître en nous dotant de la faculté de méditer et de disposer d’une conscience spirituelle (tahassus) à Son encontre.[1]

Qu'un salut éternel soit adressé à notre bien-aimé Prophète (pbsl*), ainsi qu’à sa famille et à ses Compagnons, eux qui méditaient sur l’univers, l’humanité et le Saint Coran dans la plus belle, la plus profonde et la plus sensible des manières et qui ont enseigné à leurs continuateurs à lire tout cela avec l’œil du cœur.

Parmi toute la création, le Tout-Puissant a octroyé aux seuls humains, et dans une certaine mesure aux djinns, d’une part la possibilité d’obtenir leur contingent de sagesse issu des profondeurs de l’univers, de l’humanité et du Coran et d’autre part d’acquérir au plus profond d’eux-mêmes les perles de la vérité pour que puisse surgir la lumière nécessaire et apte à les guider sur le chemin de la vie. Le seul moyen d’y parvenir, cependant, réside dans la méditation et la conscience spirituelle.

La méditation et la conscience spirituelle sont les deux conditions irréfutables pour atteindre la vérité et élever les cœurs au niveau désiré. À chaque opportunité qu’il présente, du premier verset jusqu’au dernier, le Saint Coran, la seule « carte routière » qui oriente vers la guidance et le bonheur, nous invite à méditer sur la sagesse qui se cache derrière la création de l’homme, l’ordre admirable de l’univers, les signes d’Allah ; à discerner la portée de la puissance divine, des manifestations de la divine Majesté et de la souveraineté absolue que le Tout-Puissant manifeste dans tout l’univers.

À chaque opportunité présentée dans le Saint Coran, le Tout-Puissant adresse un mot d’avertissement à l’attention des croyants avec des expressions telles que :

« Ne réfléchissez donc pas ? », Ne méditent-ils jamais ? » ou bien « Ne comprennent-ils pas ? »[2]

D’autres questions se révèlent être corrélatives :

• « N’observent-ils pas le chameau »[3] lorsque le Tout-Puissant veut attirer l’attention sur la création ;
• « N’observent-ils pas les nuages, la pluie, les montagnes et comment la verdure disparait en hiver pour resurgir au printemps ? »[4] qui met l’accent sur les phénomènes écologiques ;
• Ne réfléchissent-ils pas sur le sort malheureux des nations passées[5] mettant en exergue les événements historiques.

Le Tout-Puissant, de ce fait, nous invite à méditer sur les Lois divines effectives et efficaces dans l’univers et à saisir ce que l’on nomme « adatullah », ou les normes d’Allah, qui sont les conditions pour que ces Lois se manifestent.

Encore une fois, le Tout-Puissant affirme la nécessité pour l’humanité d’observer l’univers avec un regard clairvoyant et attentif et non pas avec un regard fugace qui est vide et irréfléchi. Une mention coranique faisant mention des dons accordés à l’humanité se réfère à ces gens comme étant les « détenteurs de la clairvoyance et de la réflexion  ».[6] 

Allah nous exhorte continuellement à méditer à la fois sur nous-mêmes et sur la nature, avec l’ordre de réfléchir sur les rayons de la Majesté et de la Puissance divines. Il y a dans le Saint Coran près de 150 allégations distinctes faisant usage de concepts tels que le raisonnement (اَلتَّعَقُّل), la prévoyance (اَلتَّدَبُّر), le souvenir (اَلتَّذَكُّر)  et la méditation (اَلتَّفَكُّر).

 La zone dans laquelle de tels concepts atteignent leurs sommets dans la pratique afin de devenir une méthode de formation spirituelle se nomme « tasawwuf ». Tasawwuf est le nom donné à la voie de la maturité et de la perfection qui vise l’atteinte du pinacle de la réalité, en fonction de sa propre aptitude spirituelle et, en outre, des bienfaits accordés par Allah. Par conséquent, la sagesse exprimée par la maxime : « Celui qui se connaît connaît son Seigneur » constitue l’un des principes les plus essentiels que doivent respecter les Soufis qui sont en route vers la perfection spirituelle.

Pour celui qui est béni et qui possède un cœur ouvert, il n’y a aucune particule dans l’univers qui ne fournit pas un aperçu de son Créateur et de Sa puissance artistique. De la plus petite partie à l’arc de la création, chaque chose se présente comme un témoin de la Majesté Divine.

La création possède une manière d’expression connue sous le nom de lisan’ul-hal, une articulation sans bruit de leurs états à travers la manière dont ils sont, par laquelle chaque chose existante est en activité dans la révélation. Pour ceux qui sont en mesure de bien comprendre ce qui est révélé, le Tout-Puissant devient la qibla de leur cœur, tout comme la Ka’ba est la qibla de leur corps.

Aussi est-il écrit dans le Coran :

« (Ceux qui se rappellent d’Allah) qui, debout, assis, couchés sur leurs côtés, invoquent Allah et méditent sur la création des cieux et de la terre (disant) : ‹Notre Seigneur› ! Tu n'as pas créé cela en vain. Gloire à Toi ! Préserve-nous du châtiment du Feu. » (al-Imran, 3 : 191)

Celui qui est capable de méditer dûment sur les manifestations de la Puissance et de la Splendeur divines exprimées dans l’univers doit d’abord reconnaître sa propre faiblesse, puis, dans un acte d’abandon et d’obéissance, saisir chaque mouvement respiratoire comme un dhikr (rappel ou souvenir). Le cœur, de ce fait, se remplit de la lumière de la taqwa (piété), avec laquelle la méditation réalise sa fusion la plus extraordinaire.

Selon le Regard Divin, la valeur d’une personne n’est pas proportionnelle à son apparence extérieure ou à sa situation financière, mais plutôt à la maturité de son cœur, la profondeur de son esprit et de ses qualités et capacités spirituelles. C’est pour cette raison que le Saint Coran sauve en quelque sorte la méditation des croyants de la possibilité d’être coincés par les situations fâcheuses occasionnées par  les choses matérielles et l’ego en les renforçant par un sentiment de foi, après quoi il les guide plus loin vers les horizons illimités du royaume spirituel. Alors seulement la méditation du croyant, qui sera désormais capable de contempler les expositions divines mises en place dans l’univers, acquerra une dimension spirituelle. Une méditation profonde et globale de cette sorte, qui atteint son apogée par le sens du cœur, est en retour la plus belle clé que la foi peut donner.

Celui qui en revanche n’est pas en mesure de parfaire sa spiritualité se trouve pris au piège au milieu des humbles apparences d’une vie autocentrée, et gaspille son aptitude naturelle à la méditation dans le tourbillon des désirs éphémères. Dominé par les convoitises de son moi, un tel cœur paresseux plonge toujours vers ces affichages éphémères au lieu de se tourner vers le bien et le vrai. Jamais il ne pense que le linceul, la dernière pièce de vêtement qu’il est tenu de porter dans la tombe, ne manquera pas de l’envelopper et que la mort viendra apposer son sceau sur l’ensemble des désirs passagers, des lueurs et des attraits du plaisir ainsi que des tromperies de ce monde.

La  méditation renforcée par la profondeur du sentiment spirituel apporte perpétuellement la paix et l’harmonie ; la contrainte dans les frontières sèches de la raison ne remplit de combustible que le feu de la cupidité et de l’égoïsme en affaiblissant le cœur et en l’envoyant dans le puits de l’ignorance.

Tout comme les empreintes digitales sont des formes d’identité qui permettent de discerner une personne d’une autre, la qualité de la méditation et de la conscience spirituelle du croyant (musulman) est équivalente à son identité spirituelle. Un musulman, qui veut donc réaliser la profondeur de l’esprit comme il sied à l’honneur de l’humanité et en conformité avec la raison de l’existence, est forcé de pénétrer dans le royaume de la méditation comme fixé par le Saint Coran. Ce n’est que par ce genre de méditation d’un niveau élevé qu’il pourra diriger sa totale attention sur les actes de dévotion et acquérir un cœur raffiné et rigoureux dans les interactions sociales.

Malgré l’importance que l’islam accorde à la méditation et à la conscience spirituelle, en raison de l’ignorance qui est livrée avec la hiérarchisation des activités mondaines sur les choses qui comptent vraiment, les êtres humains, dans l’ensemble, mènent une vie éloignée de ces deux dimensions. En conséquence, ils ont tendance à oublier complètement la mort et le fait que le monde est un simple lieu d’épreuves.

Les croyants, d’autre part, qui mènent leur vie en conformité avec l’essentiel de la piété et qui sont capables de s’engager dans la méditation et la conscience spirituelle – et ils sont toujours une minorité – transcendent leur moi profond et acquièrent une maturité dans laquelle ils sont en mesure de reconnaître leur condition humaine et de saisir aussi bien leurs points faibles que leurs vertus, en tandem.

En dépit de la vie extérieure dans laquelle elles prennent part, de telles personnes atteignent la compréhension éternelle d’avoir gagné pour elles-mêmes un royaume intérieur profond. Conséquemment à l’élargissement de leurs cœurs, elles atteignent une forme sublime de compréhension qui dépasse les horizons du monde physique, bien au-delà du seuil qui les voit acquérir une foi perfectionnée, une Bénédiction Divine qui n’est seulement accordée qu’à l’extrémité de ce chemin.

Un croyant triomphant dans la réalisation de ce caractère ne perçoit plus cette vie éphémère comme une bénédiction dont il se sent dépendant. Tous les jours de la vie, aux yeux d’un tel musulman, ressemblent à une ficelle qui se déroule à partir d’une bobine et qui pourrait prendre fin à tout moment, qui sait quand.

Cela dit, l’atout que représente la vie est titulaire d’une importance énorme, car c’est par elle que l’on peut prétendre à une vie éternelle. Un croyant qui comprend vraiment ce que signifie cela sait que la fin sera faite de remords tragiques à moins qu’il ne soit, comme le déclare le Saint Coran, « sur le droit chemin comme cela lui a été commandé ». [7] Pour éviter de devenir affligé par les remords, il n’est jamais insensible aux paroles de prudence révélées par le Tout-Puissant, dont il se rappelle constamment:
 

« Et dépensez de ce que Nous vous avons octroyé avant que la mort ne vienne à l'un de vous et qu'il dise alors : ‹Seigneur ! Si seulement Tu m'accordais un court délai : je ferais l'aumône et serais parmi les gens de bien›. Allah cependant n'accorde jamais de délai à une âme dont le terme est arrivé. Et Allah est Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites. » (al-Munafiqun, 63 : 10-11)

En résumé, la volonté d’Allah à l’égard du croyant pour que celui-ci connaisse pleinement la Divine Splendeur ainsi que tous les mystères et les sagesses est à la base de ce grand ordre. Allah souhaite pour le croyant une vie de piété, qu’il soit, tel un asile sûr, non victime de l’arrogance qui provient des possessions matérielles et ainsi devenir un serviteur digne de sa place au Paradis.

Veuille notre Seigneur unir tous nos sentiments et nos pensées avec Sa volonté ! Qu’ll veuille rendre chacun de nous triomphant dans cette vie passagère en nous élevant au sommet de Sa connaissance et de Son amour ! Amin !

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* paix et bénédiction sur lui : formule de politesse à l’égard du Prophète Muhammad.(NDLT)

 

[1] Tahassus est le fait de devenir délicat et sensible et pour le cœur devenir réceptif. 
[2] Voir, al-Anam, 50 ; al-Baqara, 219, 266 ; Muhammad, 24 ; an-Nisa, 82 ; Yâsîn, 68…
[3] Al-Bari et Al-Musawwir, deux des attributs d’Allah, expriment comment le Tout-Puissant crée tous les êtres dans différentes formes et leur confère des capacités propres à leur environnement et aux fonctions qu’ils sont censés réaliser. De parfaits exemples de cela parmi le règne animal sont les chameaux. Obligé de vivre dans le climat hostile du désert, où la nourriture et l’eau sont rares, le chameau est capable de réserver un stock important d’eau dans ses bosses pendant des semaines, de se nourrir même d’épines et de garder sa nourriture fraîche pendant une période prolongée. Il peut en outre résister aux tempêtes du désert et à sa chaleur. Sans doute, ce n’est là qu’une manifestation de l’Œuvre et de la Puissance Divines parmi d’autres innombrables.

[4] Voir, Qaf, 6; Yunus, 101 ; al-Ghashiyah, 17-20 ; an-Nur, 43; al-Hajj, 63 ; ar-Ra’d, 3; al-Anbiyâ, 31 ; an-Nahl, 65 ; ar-Rûm, 50…

[5] Muhammad, 10…   

[6]Voir, al-Imran, 13 ; an-Nur, 44;  al-Hashr, 2…

[7] Hud, 11 : 112.

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

 

 


 

2 commentaires pour “Méditation sur l’Univers, l’Homme et le Coran”

  1. Mahamat MALIK dit :

    La méditation est la véritable voix de la sagesse qui ouvre les portes de la connaissances divine. Pour pouvoir convenablement méditer il faudrait pouvoir Observer,Lire et Ecouter. pour parvenir à cela il faut avoir en vue trois(3) choses: L'Univers, le Coran et le Mathnawi car on observe l'univers; on lit le Coran et on écoute le Mathnawi

  2. hakku dit :

    Le coeur vivant est ce coeur" délicat","sensible" et "réceptif" qui voit en toute chose un indice (aya) d'Allah.Le musulman lui-même est une aya.Ma lecture de mon environnement ne peut se faire qu'à la lumière de ma foi.Plus mon coeur est réceptif, plus ma foi s'accroit horizontalement pour comprendre mon environnement et verticalement pour contenir Dieu.Je serai d'Allah,par Allah,pour Allah.Si je réussi à modeler ainsi mon existence,j'aurai l'assurance du rayon rédempteur qui ouvre  la voie à la connaissance de la Divine Splendeur.

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