Le sens de l’adoration
Par Musa Belfort
Quel est le sens à donner à notre adoration ? Voilà une question essentielle à laquelle il faut impérativement donner quelques éléments de réponse puisque l’islam nous invite à la science et à la connaissance.
Selon nos sources, nous savons que l’homme est un être exceptionnel, mais limité. Par exemple, les fonctions de son cerveau ne peuvent aller au-delà d’un certain seuil même si elles peuvent parfois présenter des exceptions en termes d’intelligence. La question donc se pose : Qu’est-ce qui permet à l’être humain de découvrir Dieu ?
Dieu a donné à l’homme (insân) une faculté nommée ‘disposition’ lui permettant de contempler l’univers, la manière dont il a été créé, mais également d’examiner les merveilles de la création présentes dans son propre corps (ex : la cellule). La science, en général, ayant progressé notoirement, confirme ce qu’affirme le Saint Coran à ce propos :"Il [Dieu] a formé les sept cieux posés les uns au-dessus des autres. Tu ne trouveras aucune imperfection dans la création du Miséricordieux. Lève les yeux vers le firmament ; y vois-tu une seule fissure ? » (Coran, 67/3)
« Nous avons bâti au-dessus de vos têtes sept cieux solides. » (Coran 78/12)
« Nous avons certes créé l'homme d'un extrait d'argile, puis Nous en fîmes une goutte de sperme dans un reposoir solide. Ensuite, Nous avons fait du sperme une adhérence (quelque chose qui s'attache) ; et de l'adhérence Nous avons créé un embryon ; puis, de cet embryon Nous avons créé des os et Nous avons revêtu les os de chair. Ensuite, Nous l'avons transformé en une toute autre création. Gloire à Allah le Meilleur des créateurs ! » (Coran, 23, 12-14)
Quant à l’homme véridique, Al-Harith Ibn Assad al-Muhasibi donne la définition suivante : « L'homme véridique… lorsqu'il considère une chose, il en tire une leçon. Lorsqu'il se tait, il médite. Lorsqu'il parle, il se remémore Dieu. Lorsqu'il subit une privation, il se montre patient. Lorsqu'il reçoit une faveur, il se montre reconnaissant. Il sait aussi se recueillir dans l'épreuve, se montrer magnanime lorsqu'il est victime d'un sot, rester humble en dépit de sa science, se montrer bienveillant quand il enseigne et donner sans compter quand il est sollicité. »
Dieu a-t-il besoin de notre adoration ? La réponse est non, mais L’adorer est dans notre intérêt et accomplir Sa volonté doit être notre viatique.
« Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils m’adorent. » (Coran, 51/56)
Considérons trois éléments essentiels :
Obéir à Dieu avec un sentiment de crainte, nuancé d’un mélange de respect et d’amour et non par crainte du châtiment. L’histoire de Rabia al-Adawiyya ( ? 714 – Bassora 801) à ce sujet est très connue parmi les Soufis :
« Un jour donc, plusieurs Soufis rencontrèrent Rabia qui courrait, portant du feu dans une main et de l’eau dans l’autre. Ils lui dirent : « Ô Dame du monde futur, où vas-tu, et que signifie tout cela ? » Elle répondit : « Je vais pour incendier le Paradis et noyer l’Enfer, en sorte que ces deux voiles disparaissent complètement devant les yeux des pèlerins et que le but leur soit connu, et que les serviteurs de Dieu puissent le voir, Lui, sans objet d’espoir ni motif de crainte. Qu’en serait-il, si l’espoir du Paradis et la crainte de l’Enfer n’existaient pas ? Hélas, personne ne voudrait adorer son Seigneur, ou Lui obéir ! » (Rabia the mystic, UP Cambridge)
Dieu et Son Messager (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) doivent être plus chers à nos cœurs que nous-mêmes et nos proches. L’homme est oublieux ; l’oubli est sa définition intrinsèque (1). C’est pourquoi le souvenir ou rappel de Dieu (dhikrullah) est absolument nécessaire. Abû Hamid al-Ghazalî disait à ce propos : « …Savoir (à chaque instant) l'occupation spirituelle du moment tant sur le plan intérieur que sur le plan extérieur. Car quiconque croit se dispenser de l'adoration est véritablement le plus miséreux des pauvres. Allah a dit : "Dis : Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés. Allah est clément et miséricordieux."
L’adoration est un engagement et cette obéissance se manifeste par la soumission totale et absolue à Dieu (islâm). La soumission est un sentiment de crainte face à la grandiose puissance de Dieu. Cependant, cette crainte est canalisée par l’amour qu’éprouve le croyant pour son Bien-aimé car, rappelons-le, c’est Dieu qui nous a aimés le premier et nous sommes issus de Son désir. Shibli a dit :
« Chaque jour j'ai craint Allah. Chaque jour Sa crainte m'a fait entrevoir de Sa part une ouverture de sagesse et d'enseignement ».
Adorer Dieu avec science : connaître Sa grandeur, Sa bienfaisance, mais aussi notre place au sein de la création… Le parfait modèle de l’adorateur est sans conteste le Prophète Muhammad (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) qui passait des nuits entières en adoration, particulièrement durant les dix derniers jours du mois de Ramadan : « Quand les dix derniers jours de Ramadan arrivaient, le Prophète (que Dieu le bénisse et lui accorde la paix) passait sa nuit dans l’adoration, réveillait sa famille (la nuit), redoublait d’efforts et serrait son izar (pagne). » (Bukharî 4 : 269 ; Muslim 1174)
Il est à noter enfin que le sens de l’adoration est large puisqu’il implique en fait tous les actes quotidiens conformes à la Volonté Divine.
Les domaines liés à l’adoration
-Les paroles, les gestes, les actions : tout accomplir pour la satisfaction de Dieu.
-L’action du bien s’accomplit d’abord envers les proches puis s’élargit aux amis, voisins, collègues…
-Recommander le bien et blâmer le mal.
-Être miséricordieux envers les pauvres.
-Être respectueux envers toute créature.
-Accepter son destin.
-Espérer la miséricorde de Dieu.
Le soufisme en particulier apporte cette ataraxie (2) que l’être humain a nécessairement besoin. Le Soufi est apaisé en Dieu et son adoration emmène son âme vers des cieux merveilleux ; des états célestes qui lui apportent un ravissement perpétuel.
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1. Quelques exégètes soutiennent, en se fondant sur une opinion émise par Ibn Abbas (68/686), que le mot ‘insân’ dérive de ‘nusyân’ qui signifie ‘oubli’. Ce nom ayant été donné à l’homme parce qu’il est, par nature, oublieux (Coran, 20/115). (cf. Dictionnaire du Coran p. 396)
2. Ataraxie : Quiétude absolue de l’âme que rien ne trouble.

