Constitution du soufisme et éducation morale

Constitution du soufisme et éducation morale

Par Yaşar Kandemir

 

S’ils demandent : « qu’est-ce que Dieu veut de nous », nous pourrions leur donner cette courte réponse : « Il veut que vous croyez au Créateur, ensuite, il veut que vous soyez parmi ceux qui possèdent les nobles caractères. » Dans ce cas précis, nous devons nous souvenir de ce hadith bien connu :
« Un jour, Sufyan ibn Abdullah vint vers le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) et lui dit: « O Messager de Dieu, fais- moi connaître quelque chose en Islam de si profondément intime que jamais plus je ne poserai de question à ce sujet. » Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) lui répondit : « Dis : je crois en Dieu puis sois droit. » (Sources : Muslim, Iman 62
Ce propos cité par le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) repose en fait sur le verset coranique suivant :

" Ceux qui disent : « notre Seigneur est Allah » et qui ensuite se tiennent sur le droit chemin ne doivent avoir aucune crainte et ne seront pas affligés. " (Sourate 46 Al Ahqaf, verset 13)

On peut donc remarquer que l’homme a pu bénéficié de l’enseignement de la foi. Les trois premières générations, louées par le Prophète comme « les meilleures des générations » ainsi que celles qui sont venues après lui, ont engendré des individus dont la morale n’a jamais pu être surpassée.
Armés de la Vérité, ils apportèrent  l’enseignement du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) aux quatre coins du monde. Ils y apportèrent la paix et une véritable humanité. La moralité qu’ils apprirent et enseignèrent était une moralité affermie dont l’évidence même a permis de combattre les systèmes immoraux non renforcés par la foi. Pendant des siècles, les Musulmans possédèrent les plus nobles caractères qui les rendirent forts et parfaitement heureux.
Par malheur, les Musulmans d’aujourd’hui sont devenus les individus les plus faibles et les plus misérables du monde parce que leur existence n’est plus fondée sur les vertus essentielles de la haute moralité. Ce constat nous amène à considérer l’inévitable question de l’éducation morale.
En premier lieu, les Musulmans reçurent cette éducation par le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue). Formé lui-même par Dieu, il fut ainsi en mesure de transmettre à ses compagnons le fruit de son apprentissage. Lorsque cette éducation prit fin, Dieu dit au Prophète :
« Et tu es certes d’une moralité éminente. » (Le Coran, Sourate 68 Al Qalam, Verset 4)
Pendant des siècles, ces précepteurs de la moralité ont enseigné à leurs élèves que la première et la plus importante référence en la matière est la vie exemplaire du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue). Quoi qu’ils enseignaient, ils leur disaient toujours : « voyez, dans telle situation, c’est ainsi qu’il se comporta. » Et ils agirent ainsi. Ils préservèrent subséquemment et résolument toutes les vertus islamiques (ahlak) et c’est de cette manière que tout commença.
Quant à ceux qui proposèrent des théories morales non basées sur la religion, ils se contentèrent de préconiser leurs points de vue à d’autres et en définitive ils ne firent que philosopher. Ils étaient plutôt ignorants de la question et avaient tendance à polémiquer au lieu de reconnaître le bien-fondé de l’enseignement et de la mise en pratique de la bonne moralité chez les Musulmans qui y avaient adhéré. 
L’indéniable succès de l’éducation morale du Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) vient du fait qu’il vivait personnellement ce qu’il enseignait. Des siècles plus tard, ce système moral a toujours gardé sa validité et il est vécu de manière pointilleuse par les descendants des premières générations de Musulmans.
Si vous vous demandez : « Que faisons nous maintenant ? » La réponse est celle-ci : la vitalité des  principes moraux issus du Coran et des hadiths est protégée et préservée avec la même vitalité qu’auparavant. Il y a toujours de nouvelles opportunités à promouvoir ces incomparables principes pour emmener les hommes vers la paix et la félicité dont ils ont tant besoin.

Maintenant, examinons la nature de la relation qui existe entre soufisme et éducation morale. Il est possible de diviser les êtres humains en trois catégories. La première est affiliée aux anges et ne fait de tort à personne. La seconde est affiliée au Diable (Shaytan), sa particularité est de vivre selon un état non naturel et ne sera amenée à une saine discipline que par le pouvoir de la loi. Les partisans de ces catégories sont peu nombreux. Enfin la dernière catégorie  représente la majorité ; c’est celle qui a besoin d’attention et d’éducation et qui désire être enseigné sur la véritable signification du bien et de la droiture.
En fait, aussi efficace que fut leur éducation, les hommes ont réellement besoin qu’on leur montre la voie du bien et de la droiture. Ceux qui expérimentent déjà cette voie droite sont à même de transmettre cette connaissance. C’est la raison d’être du soufisme (tasawwuf). Son but est d’assurer la réalisation de la moralité islamique au sein de la communauté. A cette fin, le principe d’utilité commune et sa réalisation sont la garantie d’un succès évident.
A contrario, il y a des gens qui fondent leurs arguments sur des mauvais exemples accomplis par des soufis. Il est inexact de penser cela à cause de l’exception à la règle. La méchanceté n’est pas présente dans le soufisme mais dans la nature humaine et les spécialistes de   « l’islam intérieur » tentent de redresser cette mauvaise image.
 

Les problèmes rencontrés aujourd’hui sont principalement dus à l’absence d’éducation morale mais aussi aux déficiences dans l’éducation soufie. Il est nécessaire que chaque institution, en commençant par le gouvernement, donne l’exemple afin de relever le niveau moral de la nation. Il n’est pas besoin de rechercher quelque chose de neuf, ni quelque chose que nous n’avons jamais eu antérieurement car le savoir dont nous avons besoin pour nous porter vers l’excellence est déjà en nous. C’est considérer l’orientation de Dieu et de son Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) comme la notre et de la choisir.

Réagir à l'article