Bilal al-Habashî
Il y avait plusieurs manifestations de la générosité d’Abou Bakr. L’une d’entre elles peut être vue pendant le rachat de Bilal, l’esclave d’Oummeyye ibn Khalaf qu’il rendit libre plus tard. De cet acte de compassion, il reçut l’éloge du Prophète.
Dans le Mesnevi, Rûmî relate ce récit sous forme de poème. Un long extrait de ce récit se trouve subséquemment:
Mustafa (Muhammad) avait entendu le bruit des pas de Bilal dans les cieux. Lorsqu’il revint sur Terre après son Ascension, il prononça une bénédiction pour lui : « Qu’Allah te protège, qu’Allah te protège ! »
En entendant ces paroles extatiques à propos de Bilal, lequel n’avait point de ruse dans ses propos, Siddiq (Abou Bakr) renonça à l’inciter à se repentir.
Après cela, Siddiq relata à Mustafa la fidélité de Bilal,
En disant : « Cet esprit agile qui vole au-dessus des cieux, aux ailes bénies, est en ce moment épris de toi et fait partie de ta communauté.
Les hiboux tourmentent le faucon du sultan, ce grand trésor est enfoui dans l’ordure.
Ils exercent de la violence sur le faucon : ils lui arrachent les plumes et les ailes alors qu’il est innocent.
Ils le (Bilal) crucifient. Son visage tourné vers le levant, ils flagellent d’une branche épineuse son corps dénudé.
Le sang gicle en cent endroits différents de son corps alors qu’il crie « Allah est Un et Unique » et Le salue de la tête (avec résignation).
Mustafa (le Prophète) lui dit : « Que faut-il faire maintenant ? » Il (Siddiq) répliqua : « Ce serviteur d’Allah va le racheter.
Je le rachèterai à n’importe quel prix à son propriétaire : je ne considérerai ceci ni comme une perte apparente d’argent ni comme une extorsion.
Car il est le prisonnier d’Allah sur Terre et il est sujet à la colère des ennemis d’Allah. »
Mustafa lui dit : « Ô celui qui est à la recherche de la fortune spirituelle, je suis ton partenaire dans cette entreprise.
Sois mon représentant, reçois de ma part la moitié de son prix et rachète-le pour mon compte. »
Il répondit : « Je ferai de mon mieux pour te servir. » Puis il alla chez le propriétaire impitoyable.
Il se dit à lui-même : « Ô père ! On peut acheter des perles bon marché appartenant à un enfant. »
Le Diable avait acheté la raison et la foi de ces enfants imprudents en échange du royaume de ce monde.
Il sonna à la porte et le propriétaire ouvrit. Siddiq entra dans la maison avec indignation.
Horriblement furieux, il s’assit : de sa bouche sortaient des paroles amères.
« Pourquoi battez-vous cet ami d’Allah ? Quelle haine est cela, ô ennemi de la Lumière ?
Si vous êtes ferme dans votre religion, comment votre cœur peut-il consentir à maltraiter votre esclave qui l’est lui aussi (ferme dans sa religion) ?
Ô vous qui êtes faible dans votre religion, pourquoi attribuez-vous la même faiblesse à un prince spirituel !
Ne voyez-vous pas toutes les choses dans ce miroir déformant votre identité, Ô vous qui êtes maudit à jamais !
Il (le propriétaire dit : « Ô homme au tempérament généreux ! Si vous avez pitié de lui, donnez-moi de l’or et prenez-le en échange.
Puisque votre cœur brûle de sympathie à son égard, payez-moi sa rançon : votre difficulté ne sera pas résolue sans frais. »
Il lui remit au total un nisab (deux cents dirhams) de pièces d’argent afin de satisfaire la cupidité du propriétaire.
Le propriétaire au cœur de pierre s’esclaffa railleusement et se moqua méchamment.
Siddiq lui dit : « Pourquoi ce rire moqueur ? » Sur cette question, il rit encore plus fort.
Et il dit : « Ce n’est pas à cause de votre extraordinaire sérieux et l’ardeur que vous montrez pour acheter cet esclave noir,
Je ne bataillerais pas avec ferveur : en fait je l’aurais vendu au dixième de son prix.
À mon avis, il ne vaut pas un demi-damné ; (mais) votre demande a rendu son prix plus fort. »
Puis Siddiq lui répondit ainsi : « Ô pauvre nigaud ! Vous venez de me donner une perle en échange d’une noisette comme un garçon stupide ;
À mon avis, il vaut les deux mondes : je considère son âme et toi sa couleur.
Il est l'or rouge qui a été fait comme le fer poli noir en raison du fait d'être envieux de cette demeure de gens stupides.
Vous lui avez renoncé facilement, car vous l’avez obtenu à bon marché ; vous n’avez pas vu la perle, vous n’avez pas ouvert le coffret.

